Connaissez-vous Spinoza ? Non pas le philosophe, mais l’intelligence artificielle centrée sur le climat et destinée aux rédactions. Ses concepteurs, Reporters sans frontières (RSF) et l’Alliance pour la presse d’information générale (Apig), ont choisi ce nom pour mettre en exergue l’éthique du projet. Un clin d’œil à l’ouvrage le plus célèbre du penseur néerlandais. « Spinoza est une application pratique des principes de la Charte de Paris sur l’IA », explique Vincent Berthier, responsable du bureau technologies et journalisme de RSF.
Plus de 120 médias issus de 12 entreprises de presse, dont L’Équipe et Libération, se sont joints au projet dès son lancement en novembre 2023. « Le fait que Spinoza soit pensé non pas comme une alternative aux journalistes, mais comme un outil d’assistance indépendant vis-à-vis des intérêts financiers des GAFAM, nous a tout de suite intéressés », précise Catherine Simon, responsable des éditeurs print et web à La Nouvelle République, également partenaire de Spinoza. Les représentants des médias volontaires se sont rapidement mis d’accord sur plusieurs conditions : le respect de la propriété intellectuelle, la fiabilité de l’information ou encore la transparence des sources.
Concrètement, lorsqu’un journaliste interroge Spinoza, ce dernier produit des synthèses de bases de données, les agrège et met en évidence les divergences entre les différentes sources d’information. Selon un rapport publié le 10 février en marge du Sommet mondial pour l’action sur l’IA, le prototype rassemble aujourd’hui six bases de données contenant plus de 28 000 articles issus des rédactions partenaires, près de 1 000 contenus fournis par l’Agence France Presse (qui a rejoint le projet en juillet 2024, ndlr) ainsi que des données scientifiques et législatives.
Un groupe de journalistes-testeurs est chargé, depuis mai 2024, d’enrichir les bases de données. « Lorsque j’ai testé Spinoza l’été dernier, j’ai constaté qu’il manquait une définition claire de la canicule. J’ai donc conseillé aux développeurs d’ajouter l’explication de Météo-France », se souvient Catherine Simon. Toujours en phase de perfectionnement, le code informatique du projet sera publié en accès libre au printemps 2025. Pour Vincent Berthier, l’objectif final est clair : séduire à l’international. « Nous venons d’adapter Spinoza en anglais pour que toutes les rédactions intéressées puissent y accéder. »
Gaël HENANFF/EPJT