Les enjeux
Comment raconter le Mal ? Hervé Brusini, président du Prix Albert-Londres, revient sur le récit des faits divers dans la presse française à travers l’affaire Troppmann. Le quotidien Le Petit Journal, créé en 1863, a traité ce faits divers, de l’enquête au procès, jusqu’à l’exécution de Jean-Baptiste Troppmann le 19 janvier 1970. Dans cette affaire communément appelée « meurtre de Pantin », Jean-Baptiste Troppmann a été reconnu coupable du meurtre de huit membres d’une même famille. Mais comment la presse quotidienne a traité cet événement ?
Ce qu’il A dit
Hervé Brusini (président du prix Albert-Londres) : « Le fait divers est une construction professionnelle du journaliste. Il est principalement issu d’une catastrophe, comme une tempête ou un crime. Le fait divers est quelque chose de tragique dans l’histoire. »
« Le fait divers est très segmenté. Il est à la frontière avec le fait de guerre. L’horreur est là avec des vies réduites à néant. Il y a aussi la politique internationale et la politique. »
« Jean-Baptiste Troppmann a été une figure maîtresse du fait divers. Il est le premier « serial killer » français. »
« La presse va rendre compte des moindres détails de cette affaire. C’est horrible et sordide. Le Petit Journal, apparu en 1863, a rendu compte du crime avec des reportages en s’inspirant notamment du feuilleton. Roule ta bille, Arsène Lupin et Fantomas, c’est le même style. Les journalistes ont aussi produit de la fiction. »
À retenir
Le fait divers est tragique. C’est un récit construit par le journaliste à travers des faits recueillis et des émotions ressenties en allant sur le terrain. L’affaire Troppmann en France représente l’un des faits divers les plus marquants du XIXe siècle. La presse quotidienne française, notamment le titre Le Petit Journal, a appliqué les codes du feuilleton pour rendre compte de ces événements tragiques et a généré un profit important dû à la demande importante du public. À travers différents papiers, la rédaction s’était même vantée du nombre d’exemplaires vendus (près de 400 000 par jour). L’attente du public pour cette histoire et le profit généré par Le Petit Journal interroge sur la manière dont l’information est racontée et produite par les journalistes.
Mathis Maudet (EPJT)