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[Portrait] Loup Espargilière, en Vert et contre tous

Tours 2025

12 Mar 2025

Cofondateur de Vert, Loup Espargilière veut rendre les sujets environnementaux accessibles à tous. Sa réussite cache un parcours sinueux et marqué par l’éco-anxiété.
Loup Espargilière a fondé Vert en 2020. Photo : Colin Dobroniak--Cohen/EPJT

« Je suis engagé, pas militant », assène Loup Espargilière, cofondateur et rédacteur en chef de Vert, le «média qui annonce la couleur ». Cheveux mi-longs, anneau à l’oreille gauche, pull rouge vif: à 34 ans, il s’est donné pour mission « d’éclairer le débat démocratique » en informant sur les questions environnementales.

Premières graines

Loup a grandi en Alsace, entre cigognes et colombages, une région qu’il porte « vraiment dans son cœur». C’est là que sa curiosité a germé, nourrie par un oncle journaliste à Arte, où il a fait un stage. « Je n’ai plus jamais rencontré d’autres boulots qui me donnaient autant envie que celui-ci», confie-t-il. Après un long parcours en études supérieures, Loup enchaîne les piges, notamment à Mediapart et aux Dernières Nouvelles d’Alsace. Mais en 2019, la précarité puis les doutes s’installent. La crise des Gilets jaunes, qu’il a couverte, le marque profondément. « J’ai été témoin du désamour, de la défiance et de la colère qu’éprouvait une partie du public envers les journalistes», se souvient-il. La même année, son éco-anxiété grandissante achève de le convaincre: il faut agir. Alors qu’il s’imaginait devenir maraîcher, Loup décide de laisser une dernière chance à sa plume: «Autant lancer cette newsletter et voir ce que ça donne.» Un lundi soir de 2019, sa femme Juliette Quef et lui créent Vert dans leur salon. Le ton est à l’image de sa personnalité : rigoureux, pédagogique et bourré de jeux de mots. «On ne lit pas un truc plat », insiste Juliette.

Croissance

Aujourd’hui, Vert fait la fierté de Loup. «C’est le plus beau projet que j’ai mené dans ma vie. Ça m’a donné un cap, une orientation», glisse-t-il. Sa vie ne tourne toutefois pas qu’autour de son journal en ligne. Il est aussi un «fou de basket», qu’il a pratiqué pendant une quinzaine d’années. Il continue d’ailleurs de suivre religieusement la NBA. Comme un exutoire, c’est une façon pour lui de «garder un équilibre mental». Outre les terrains de sport, Loup est aussi passionné de musique, en particulier le funk et le hip-hop des années 90. Un goût qu’il a insufflé à son média, dont le slogan, «simple et funky» est un clin d’œil au groupe Alliance Ethnik.

Floraison

Cinq ans et 220 000 abonnés sur Inst ag ram plu s t ard, Vert a construit un modèle économique solide grâce aux 6 000 donateurs mensuels. Il cumule 100 000 abonnés à sa newsletter quotidienne. « La force de Vert vient de son approche pédagogique et de sa manière ludique d’informer », estime Johan Weisz, fondateur de StreetPress , un média indépendant qui travaille régulièrement avec Vert. Le ton est parfois sarcastique, souvent rieur. Le maître-mot: l’humour et les jolies tournures de phrases qui donnent souvent du fil à retordre à l’équipe. Mathieu Vidard, animateur de La Terre au carré sur France Inter, où Loup tient une chronique, en est témoin: «Il donne un souffle, une fraîcheur et une pertinence qui lui sont propres.» «L’obligation de subir nous donne le droit de savoir », écrivait le biologiste Jean Rostand. Loup aurait presque souhaité l’inventer. Si le changement climatique n’épargne personne, alors il faut le faire comprendre. Aujourd’hui, il est moins angoissé qu’il y a cinq ans. «Tu ne peux pas être efficace si tu n’es pas bien dans tes pompes » ironise-t-il. Désormais bien ancré et avec des projets plein la tête, le futur de Vert s’annonce haut en couleur.

Félix DIDIER et Colin DOBRONIAK–COHEN/EPJT