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[Le résumé] Les collectifs de journalistes : un espace de coopération pour les jeunes journalistes

Tours 2025

12 Mar 2025

Face à la précarité et à l'isolement, les collectifs de journalistes s'imposent comme des espaces de coopération et de soutien pour les jeunes professionnels de l’information.
Aimée LEGOFF, Marjolaine KOCH, Emilie LAYSTARY, Jean-Marie CHARON, Hugo COIGNARD, Pierre-Yves BULTEAU. Photo : Margot Courtin/EPJT

Avec Hugo COIGNARD, journaliste indépendant et membre d’Enketo ; Pierre-Yves BULTEAU, journaliste indépendant, cofondateur et membre du comité éditorial de Splann ! ; Marjolaine KOCH, journaliste et membre du collectif Extra-Muros ; Aimée LEGOFF, journaliste indépendante.

Animé par Jean-Marie CHARON, sociologue des médias CNRS-EHESS, et Emilie LAYSTARY, journaliste indépendante, membre des collectifs Albert London et les Journalopes.

 

Les enjeux

Précarité, isolement, complexité juridique et difficultés d’accès aux ressources… Dans un monde médiatique en pleine mutation, les jeunes journalistes sont confrontés à de nombreux défis. Dans ce contexte, les collectifs offrent une réponse collective et structurée qui permettent aux jeunes pigistes de mieux s’insérer dans la profession et d’envisager leur avenir avec plus de sérénité. Cette conférence explore le rôle de ces collectifs, leur fonctionnement et les solutions qu’ils apportent au quotidien.

 

Ce qu’ils ont dit

Aimée LEGOFF (journaliste indépendante, ancienne mentorée par Extra-Muros) : « Quand on commence dans la pige, on se sent vite vulnérable. Intégrer un collectif de journalistes, c’est un gain de temps considérable, car ça permet d’acquérir les connaissances nécessaires au métier en un temps record. »

Hugo COIGNARD (journaliste indépendant et membre d’Enketo) : « Beaucoup de pigistes ressentent le syndrome de l’imposteur. Pour eux, ils ne sont pas légitimes d’être dans le collectif à cause de leur manque d’expérience, donc notre mission est de travailler ensemble et ainsi les valoriser. »

« Rejoindre un collectif, c’est défendre une vision commune. L’écologie est notre domaine de prédilection, et nous avons été surpris de voir les médias venir à nous rapidement après notre création. »

Pierre-Yves BULTEAU (cofondateur et membre du comité éditorial de Splann !) : « Mettre en place ces collectifs de journalistes, c’est casser la spirale de la paupérisation du statut de pigiste. C’est un rempart contre la fragilisation du métier. »

« Être seul face à la contraction des médias, c’est épuisant. Les collectifs permettent de soutenir une information indépendante et de terrain. »

Marjolaine KOCH (journaliste et membre du collectif Extra-Muros) : « Je dis toujours à nos mentorés qu’on ne peut pas vivre de l’enquête en tant que pigiste, c’est une illusion totale. Il faut que chacun puisse adopter son propre modèle économique pour y trouver son compte. »

« Les cours sur la pige sont trop peu développés dans les écoles et arrivent en fin de master… ce n’est pas normal ! Surtout que la plupart des futurs diplômés commenceront par la pige. »

 

À retenir

Les collectifs de journalistes ne sont pas seulement des espaces de soutien, mais de véritables leviers pour repenser la profession. Ils permettent de rompre avec l’isolement et la précarisation du métier, offrant un cadre où l’entraide et la formation prennent tout leur sens. Ce modèle favorise un échange gagnant-gagnant : les jeunes journalistes apportent un regard neuf, de nouvelles pratiques et une énergie précieuse aux collectifs plus anciens, qui en retour leur offrent un réseau, un accompagnement et une meilleure structuration du travail.

Les collectifs jouent également un rôle clé dans la défense d’un journalisme indépendant face à la concentration des médias. Ils permettent de mutualiser les ressources, de garantir une plus grande liberté éditoriale et d’assurer une information de qualité, accessible à tous malgré un coût de production élevé.

Enfin, ces espaces collectifs sont aussi des lieux de lutte et de reconnaissance. L’engagement des femmes y est particulièrement fort, souvent autour d’enjeux de représentation, de solidarité et de santé mentale. Qu’il s’agisse d’enquêtes, de mentorat ou de partage de ressources, les collectifs offrent une réponse concrète aux défis du métier et ouvrent de nouvelles perspectives pour les journalistes indépendants.

 

Carla Della Vedova (EPJT)