Avec Rémy AUDEBERT, avocat pénaliste Barreau de Paris ; Pierrick BAUDAIS, journaliste chez Ouest-France ; Eric DUSSART, journaliste judiciaire La Voix du Nord ; Laurence LAIRET, commissaire générale et directrice interdépartementale de la police nationale d’Indre et Loire ; Guillaume SAINT-CRICQ, sous-préfet, secrétaire général adjoint à la préfecture et magistrat en détachement.
Animée par Caroline POLITI, journaliste chez 20 Minutes.
Les enjeux
Le procès d’assises met en lumière plusieurs enjeux cruciaux. Pour les journalistes, la couverture de ces audiences exige un travail minutieux, car sans support visuel ou sonore, le récit repose uniquement sur leurs observations et leur capacité à restituer fidèlement les débats. Pour les magistrats, la préparation est d’autant plus importante dans les procès très médiatisés, où la pression est forte et où le traitement de l’information doit rester objectif.
Du côté des victimes, le traitement journalistique d’une affaire aussi est déterminant. Le procès représente une étape importante dans la reconnaissance de leur parole et de leur souffrance, bien que ce ne soit pas toujours la conclusion de leur parcours. Pour les accusés, la médiatisation peut influencer l’opinion publique et, indirectement, le regard porté sur leur procès. Aujourd’hui, le droit à l’oubli pose des questions éthiques complexes, obligeant les médias et la justice à trouver un équilibre entre la transparence et la protection des individus.
Ce qu’ils ont dit
Laurence Lairet (commissaire générale de la police nationale d’Indre et Loire) : « La pression n’est pas toujours facile à porter, ça met à mal la parole policière. Il y a des pressions. Si notre parole est remise en cause, c’est celle de l’institution qui est remise en cause. »
« Si on arrive au procès, c’est qu’un juge d’instruction a déterminé qu’il y avait assez d’éléments pour aller en cour d’assises. Il y a une forme de protection des enquêteurs à ne pas s’intéresser à la sanction judiciaire, sinon il y a une forme de frustration. »
« C’est déstabilisant pour l’institution. Qu’on soit de la police ou pas, on a vu des images qui nous ont semblé choquantes. On aime faire confiance à l’institution. On aime dire qu’on a vu des images, mais qu’on n’a pas tout vu. »
Eric Dussart (journaliste judiciaire La Voix du Nord) : « Le tribunal, c’est l’un des seuls endroits où le micro et l’appareil photo n’entrent pas. Il n’y a pas d’image ni de son. C’est à nous de raconter les faits de la manière la plus juste et la plus sensible possible. »
« Je trouve qu’on court beaucoup après les faits divers. »
« Il est assez rare qu’il y ait des surprises. Il y a des procès où les faits sont contestés, comme avec l’affaire d’Outreau. Il y a des moments d’audience, appelés « frissons d’assises ». Ce sont des moments d’une humanité exceptionnelle. L’ultime théâtre ! »
Pierrick Beaudais (journaliste chez Ouest-France) : « Pour les victimes, le procès n’est pas une étape ultime. Dans l’affaire Le Scouarnec, pour les victimes, c’est important. Quand Le Scouarnec reconnait les faits, c’est un soulagement. Pour les accusés c’est différent. »
« Au-delà du droit de réponse, nous sommes de plus en plus confrontés au droit à l’oubli. Quand on raconte un procès d’assises, on dévoile des identités, au bout d’un certain temps on reçoit des courriers pour que les articles concernés disparaissent. »
Guillaume Saint-Cricq (sous-préfet) : « Une audience anormale, il faut la traiter la plus normalement possible. Un procès médiatique ne se gère pas de la même manière, on a besoin de plus de temps pour le préparer. »
« L’aspect « gestion des jurés » est quelque chose de très important, il ne faut pas négliger cet aspect là. »
À retenir
La médiatisation des affaires peut avoir un impact important sur l’opinion publique, soulignant la nécessité pour la presse de traiter l’information avec objectivité. Les jurés, sensibles à l’information, peuvent en être impactés par ricochet. La préparation des procès par les juges, avocats et autres magistrats démontre cette influence, notamment pour les affaires très médiatisées.
Victoire Alonzo (EPJT)