Avec Vincent BERTHIER, responsable du desk technologie de Reporters sans frontières (RSF), Cédric HOUNNOU, ATER en SIC à l’Ecole de journalisme de Cannes, Simon GADRAS, enseignant-chercheur à l’Université Lyon 2 et Julien KOSTRECHE, directeur de Ouest Médialab.
Animé par Jacques ARASZKIEWIEZ, directeur de l’école de journalisme de Cannes.
Les enjeux
L’un des défis majeurs réside dans la formation des futurs journalistes à une utilisation responsable de l’IA. Cela implique une sensibilisation dès les premières années d’études aux opportunités et aux risques liés à cette technologie. Le projet « L’IA responsable pour toutes et tous », porté par Simon Cadras, met l’accent non seulement sur l’apprentissage des outils d’IA générative, mais aussi sur le développement d’un regard critique dans une logique de vérification de l’information.
L’IA peut-elle être mise au service du journalisme ? À travers le projet Spinoza, Reporters Sans Frontières (RSF) a collaboré avec plus de 120 médias pour élaborer un outil basé sur une réflexion commune autour des méthodologies de sélection des données et des garde-fous éthiques nécessaires à son usage.
Enfin, lutter contre la désinformation est une priorité. Face à l’hyper-personnalisation de l’information et à la montée du climato-scepticisme, des initiatives comme Catapulte visent à fournir aux journalistes des plateformes fiables pour garantir des bases solides en matière d’information environnementale.
Ce qu’ils ont dit
Vincent BERTHIER (responsable du desk technologie de RSF) : « La multiplication des contenus de synthèse rebat les cartes de la créativité et de ce qu’il est possible moralement de faire. »
« On appelle tous les médias et les journalistes à travailler ensemble pour développer des techniques et des prototypes d’une IA générative au service du journalisme. »
Julien KOSTRECHE (directeur de Ouest Médialab) : « Ce qu’on a constaté cette année sur une dizaine de projets réalisé avec l’IA, c’est qu’elle a surtout été utilisée pour trouver des idées, pour la fouille de documents et pour la retranscription. Des choses qui sont assez invisibles pour le public. »
« Ce qui m’a frappé, c’est qu’on a eu très vite des chartes mises en place par les médias sur l’utilisation de l’IA, ce qui n’a pas été le cas dans d’autres révolutions technologiques. »
Cédric HOUNNOU (ATER en SIC à l’Ecole de journalisme de Cannes) : « Le journaliste va-t-il continuer à être un historien du présent ? Est-ce qu’il n’y a pas une nécessité d’ajouter un sixième « W » qui correspondrait à une garantie de l’information ? »
Simon GADRAS (enseignant-chercheur à l’Université Lyon 2) : « Ce que nous voulons développer avec le projet « L’IA responsable pour toutes et tous » au-delà des compétences techniques, c’est la capacité du regard critique des étudiants dans une logique de vérification de l’information. »
À retenir
Le journalisme est à un tournant et doit réinventer ses pratiques face aux transformations technologiques. Un concept émergent, le « 6W », propose d’ajouter aux « 5W » classiques (Who, What, When, Where, Why) une nouvelle dimension : la transparence sur le processus de production de l’information. Le rôle du journaliste évolue, nécessitant plus que jamais une explicitation des narratifs et une immersion sur le terrain afin d’éviter une dépendance excessive aux réseaux sociaux.
Maureen Décor (EPJT)