Avec Marie ZAFIMEHY, journaliste chez RTL, coordinatrice du podcast « Les Voix du Crimes », Marika MATHIEU, journaliste et réalisatrice, autrice de « L’impuni, histoire d’un déni collectif » ; Pat PERNA, auteur de « Grégory » et scénariste de bande dessinée et Claire RUFFIO, chercheuse au département de science politique de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Animé par Isabelle BORDES, journaliste pigiste, chroniqueuse pour Arrêt sur Images.
Les enjeux
« Les faits divers, ce sont aussi des faits qui font diversion », disait Pierre Bourdieu. Cette conférence interroge la place du fait divers dans le paysage médiatique. Est-il utilisé comme simple outil de divertissement ou bien comme levier de questionnements sociétaux ? Quelles évolutions dans le traitement médiatique des faits divers depuis l’affaire du petit Grégory ?
Ce qu’ils ont dit
Avec Marie ZAFIMEHY (journaliste pour RTL, coordinatrice du podcast « Les Voix du Crimes ») :
« On oublie que derrière les faits divers, il y a souvent des gens, des dynamiques sociales… »
« L’important, c‘est faire preuve d’empathie. C’est comme ça qu’on fait société. »
« Quand on s’interroge sur la nationalité, sur la race sociale, on ne s’intéresse pas au problème plus large derrière : les violences sexistes et sexuelles, la pédocriminalité, etc. qui touchent toutes les couches sociales, toutes les nationalités. Ce qu’un homme a en commun avec un homme, c’est qu’il est un homme. »
Marika MATHIEU (journaliste, réalisatrice et autrice) : « La question qu’on doit se poser, c’est le regard médiatiquement construit, la manière dont on fait société à travers le traitement médiatique. »
« Faire société, c’est comprendre et intégrer dans nos pratiques un fait social, c’est faire quelque chose de ce fait sous nos yeux et l’intégrer dans nos comportements. »
« La folie de la pédocriminalité, c’est que tout le monde sait que ça arrive. Il y a 60 millions de gens qui sont liés à d’une manière ou d’une autre à des personnes victimes de pédocriminalité. Alors pourquoi on ne fait rien ? »
Pat PERNA (auteur et scénariste de bande dessinée) :« La bande dessinée permet d’apporter à la fois de la distance et une dose d’empathie, dont l’affaire du petit Grégory a manqué. »
« L’affaire du petit Grégory est une histoire construite de toutes pièces pour faire diversion, qui est ensuite devenue un fait de société. »
« Le traitement médiatique de l’affaire du petit Émile est semblable à celui de l’affaire du petit Grégory. On a les prémices de quelque chose qui frissonne chez les journalistes : on cherche la bonne histoire à raconter. »
Claire RUFFIO (chercheuse au département de science politique de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : « Le fait divers, c’est à la fois l’idée de divertir par le récit, par la bonne histoire, mais aussi par des enjeux sociétaux qui pourraient être posés. »
« Progressivement, au fil des affaires, les rédactions nationales ont posé la question des causes communautaires, puis du sexisme, et des rapports de domination entre hommes et femmes et de plus en plus entre adultes et enfants. »
À retenir
La conférence a montré que le fait divers, souvent perçu comme un récit sensationnaliste, peut aussi devenir le miroir des dysfonctionnements de notre société. Du petit Grégory à Le Scouarnec en passant par l’affaire Outreau, les invités ont analysé comment ces histoires personnelles sont construites médiatiquement, parfois au détriment de la vérité ou de la justice.
Ils ont réfléchi à la manière dont elles peuvent devenir des faits de société lorsqu’elles révèlent des problématiques systémiques (violences sexuelles, racisme, préjugés sociaux). Aussi, le traitement qu’en font les médias varie : la presse locale privilégie le récit tandis que la presse nationale ne s’empare de ces affaires que lorsqu’elles prennent une dimension plus large et deviennent, ainsi, des faits de société.
Laurane Charpentier (EPJT)