Avec Pierre BOISSON, rédacteur en chef du magazine Society, Mathieu DESLANDES, responsable éditorial à La Revue des Médias, Gaële JOLY, reporter au service Police-Justice de Franceinfo et Ondine MILLOT, journaliste judiciaire indépendante.
Animé par François QUINTON, journaliste et rédacteur en chef de La Revue des Médias.
Les enjeux
Pourquoi, plusieurs années plus tard, revenir sur des affaires comme Xavier Dupont de Ligonnès, les chevaux mutilés ou encore les néonaticides de Véronique Courjault et Dominique Cottrez ? Comment enquêter ? Comment structurer son récit après avoir collecté les informations ? Autant de questions qui ont animé les conversations entre nos quatre intervenants.
Ce qu’ils ont dit
Pierre Boisson (rédacteur en chef du magazine Society) : « Mon travail s’apparente à jouer à l’enquêteur. Deux grandes enquêtes que j’ai menées m’ont marqué : la disparition du vol Malaysia Airlines, je ne l’ai pas retrouvé, et Xavier Dupont de Ligonnès, je ne l’ai pas retrouvé non plus » (rires).
« Comment raconter l’histoire ? La difficulté, c’est la masse d’informations à traiter. Le récit de non-fiction part d’un énorme bloc de pierre, qu’il faut tailler. Il faut imaginer que l’on raconte notre histoire à un type dans un bar qui a déjà pris cinq pintes » (rires).
Mathieu DESLANDES (responsable éditorial à La Revue des Médias) : « Lorsque j’ai enquêté sur l’affaire des chevaux mutilés, je voulais étudier le rôle des journalistes confrontés à un cas de psychose collective. »
« J’ai structuré mon enquête en fonction des erreurs successives des médias. Il s’agissait de petites entorses, pas de fautes graves. J’ai voulu créer de l’empathie envers les journalistes dont je parle tout en expliquant les raisons de cet emballement médiatique. »
Gaële JOLY (reporter au service Police-Justice de Franceinfo) : « À la radio, on dépend du son des interviews. Pour notre série d’été, « Cold Cases », nous avons fait de longs entretiens. On ne transforme rien et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles les gens ont confiance en nous. »
« La structure de nos épisodes varie en fonction du sujet traité. Par exemple, Jacques Rançon a avoué ses crimes à la 47e heure d’un interrogatoire. Nous avons donc fait cet épisode en fonction des révélations successives de l’interrogatoire. »
Ondine MILLOT (journaliste judiciaire indépendante) : « J’ai une approche anti-sensationnaliste. J’ai expliqué aux éditeurs que mon travail avait un autre sens que faire frémir dans les chaumières. Travailler sur un fait divers permet d’aller enquêter sur une couche de la société qu’on ne connait pas forcément. »
« La neutralité journalistique n’existe pas. Après trois ans à côtoyer Dominique Cottrez, j’ai écrit dans mon livre, que « j’ai fini par la considérer comme mon amie ». Par honnêteté vis-à-vis du lecteur, j’ai tenu à clarifier ma situation. »
À retenir
Revenir sur des faits divers, à froid, permet d’éclairer une affaire à l’aune d’éléments dont nous ne disposions pas nécessairement par le passé. Cela permet aussi de reprendre l’enquête à zéro pour ne pas commettre les mêmes erreurs que ses prédécesseurs, mais aussi de travailler la structure de son récit. Une structure qui n’est pas forcément chronologique. Il faut s’adapter à l’affaire traitée et au média sur lequel on raconte cette histoire. Deux écoles peuvent parfois s’opposer : faire du sensationnalisme ou ne donner que les informations nécessaires à la compréhension du récit. Travailler sur un fait divers permet également d’en apprendre davantage sur une couche de la société inconnue du grand public.
Gaël Henanff (EPJT)