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[Le résumé] Comment les rédactions s’emparent de l’IA

Tours 2025

11 Mar 2025

Lors de la 18e édition des Assises du Journalisme, l'intelligence artificielle s'est imposée au cœur des débats, soulevant de nombreuses questions sur ses impacts et ses défis dans les rédactions. Plusieurs experts ont pris la parole pour débattre des enjeux et des perspectives de cette technologie.
Christophe de VALLAMBRAS, Sophie HUET, Xavier EUTROPE, Vincent BERTHIER, Sébastien GEORGES

Avec Vincent BERTHIER, responsable du desk technologies et journalisme de Reporters sans frontières ; Sophie HUET, directrice adjointe de l’Information chargée de l’intelligence artificielle et de l’innovation rédactionnelle de l’AFP ; Sébastien GEORGES, directeur des rédactions du Républicain Lorrain, Vosges matin et l’Est Républicain, coordinateur des rédactions du groupe EBRA et Christophe de VALLAMBRAS, chef du MediaLab de l’Information de France Télévisions.

Animé par Xavier EUTROPE, journaliste spécialisé sur l’IA pour La Revue des Médias.

 

Les enjeux

La conférence visait à mettre en avant les expérimentations de l’intelligence artificielle au sein des différents médias. Des questions cruciales sont au coeur du débat, notamment la fiabilité des résultats de ces outils. Les concepteurs des IA entraînent leurs modèles de langage en les alimentant avec des données présentes sur le web, ce qui pourrait être considéré comme un biais. Parmi les autres enjeux : la limite de l’intervention de ces outils dans le travail journalistique et le contrôle par l’humain, qui est censé garder la main.

 

Ce qu’ils ont dit

Sophie HUET : « Il faut toujours réintroduire des points de contrôle détenus par les humains (…) pour préserver la valeur des contenus journalistiques ».

« On parle souvent de la citation human in the loop, l’humain dans la boucle, et pour moi, c’est insuffisant. L’humain n’est pas censé être passif face à l’IA, il doit être responsable ».

Christophe de VALLAMBRAS : « On demande aux plateformes d’IA de créditer les contenus produits par les médias reconnus, mais aussi de lutter contre la désinformation ».

Vincent BÉRTHIER : « Il est important de concevoir des outils collaboratifs entre médias pour renforcer la responsabilisation des créateurs de modèles d’IA ».

Sébastien GEORGES : « Une IA reste une machine et ne possède pas d’intelligence humaine. Elle introduit des biais cognitifs qui doivent être pris en compte dans son utilisation ».

 

À retenir

Les médias évoluent dans un environnement concurrentiel et il devient de plus en plus important d’adopter les outils d’intelligence artificielle. Cependant, l’un des défis majeurs est la perception de l’IA comme un outil susceptible de remplacer l’humain. L’automatisation peut alors créer un biais, supposant à tort que la machine est plus fiable qu’un journaliste. Cet usage doit donc être encadré par des chartes respectant les valeurs éthiques du journalisme.

L’IA générative repose sur des modèles basés sur des séquences de probabilités et des grands modèles de langage (LLM). Ceux-ci traitent d’innombrables données pour produire du texte, mais ne suivent pas une ligne éditoriale propre aux rédactions. Alors que les journalistes travaillent sur des faits, ces modèles produisent souvent des « hallucinations » en raison de leur entraînement sur des données issues d’Internet. Cela crée une tension entre les attentes journalistiques et la nature prédictive de ces systèmes.

Les rédactions doivent s’adapter en encadrant l’usage de ces technologies tout en préservant l’intégrité et l’indépendance du journalisme. La vigilance et la formation des journalistes seront essentielles pour que l’IA reste un outil supplémentaire et non un substitut à l’humain.

 

Anaïs Ourlis