5 minutes de lecture

[Le résumé] Catastrophes climatiques, quel traitement éditorial ?

Tours 2025

11 Mar 2025

Entre une couverture médiatique de l'environnement trop sensationnaliste ou un manque de justesse, les journalistes cherchent à s'améliorer.
Valérie MARTIN, François PITREL, Célia GAUTIER, Anne-Sophie NOVEL, Nina FASCIAUX et Ivan COURONNE. PHOTO : EPJT/Karyna Nauholna.

Avec Ivan COURONNE, rédacteur en chef Avenir de la planète pour l’AFP ; Nina FASCIAUX, directrice des partenariats et des bourses pour le Solutions Journalism Network (SJN) ; Célia GAUTIER, Fondatrice et co-directrice d’Expertise Climat ; Valérie MARTIN, Cheffe du service Mobilisation Citoyenne et Médias de l’Ademe; François PITREL, journaliste environnement de BFMTV .

Animé par Anne-Sophie NOVEL, autrice et journaliste indépendante.

Les enjeux

Alors que 45 % des Français pensent que les médias couvrent les sujets environnementaux de manière sensationnaliste, les acteurs des médias se sont regroupés pour développer une réflexion sur l’amélioration de cette couverture. Ils cherchent à savoir s’ils doivent concevoir de nouveaux formats ou bien réinventer des formats traditionnels, chercher de nouveaux intervenants afin de supprimer le flou entre experts et éditorialistes… Le journalisme de solution ne serait-il, par ailleurs, pas l’avenir du journalisme environnemental ?

 

Ce qu’ils ont dit

Ivan COURONNE rédacteur en chef Avenir de la planète pour l’AFP : « On ne peut plus se permettre d’avoir des services qui ne communiquent pas entre eux. Le service politique doit être au courant qu’une canicule arrive et des effets que cela va produire politiquement. »

« Il faut se préparer, se former un minimum sur le climat qui est une question transversale.»

Valérie MARTIN, Cheffe du service Mobilisation Citoyenne et Médias de l’Ademe : « 75% des français pensent que les médias ne parlent pas assez des solutions économiques ou des raisons d’espérer une amélioration. »

Nina FASCIAUX, directrice des partenariats et des bourses pour le Solutions Journalism Network (SJN) : « La couverture de la crise climatique est l’exemple de tous les travers médiatiques, déconnexion au quotidien, flou entre experts et éditorialistes et confusion entre changement médiatique et climat.

« Nice-matin a une équipe dédiée au journalisme de solution. Ils sélectionnent 3 sujets chaque mois et font voter leurs lecteurs. Chaque fois, la rédaction fait des paris sur le sujet qui intéressera le plus leur auditeurs ; pas une seule fois les journalistes ont visé juste. »

« Il y a tout de même une amélioration de l’information, nous avons un programme de formation donné à 12 rédacteurs en chef. Ils voient ce qui fonctionne dans le journalisme de solution et forment à leur tour les journalistes de leur rédaction. »

Célia GAUTIER, Fondatrice et co-directrice d’Expertise Climat : « Même avec les formats traditionnels, on fait du nouveau contenu : France TV a transformé la météo pour en faire quelque chose d’interactif et de pédagogique sur le changement climatique. Au JT de TF1, ils font de longs sujets avec de la réalité augmenté et de la 3D. On peut constater que les grands médias mettent plus de moyens et qu’il y a une évolution positive dans le traitement environnemental et dans l’évolution des formats.»

François PITREL, journaliste environnement de BFMTV : « Les scientifiques n’aiment pas venir pour un format télé de quelques minutes. Nous nous retrouvons donc avec des personnes moins compétentes qui veulent bien venir. Nous sommes obligés de répondre à l’immédiateté que nous impose notre format.»

« La temporalité des sujets dans le traitement environnemental est très complexe, je suis dans un média où le « aujourd’hui » l’emporte sur le « demain ». La question du climat est sur le temps long donc c’est le premier sujet à sauter lorsqu’il y a une nouvelle actualité.»

« Mon boulot, c’est de faire venir la science sur le plateau de BFMTV. Hugo Clément, ce sont toujours les mêmes qui vont venir le voir. Alors que moi, je vais planter une petite graine dans la chaussure des auditeurs.»

À retenir

Les journalistes autour de la table sont d’accord : le journalisme de solution est une bonne idée pour couvrir les sujets environnementaux si et seulement s’ils sont réalistes et proches de la réalité des auditeurs. Il est important de former chaque journaliste à ce sujet car il est transversal et ne peut plus être réservé à une seule rubrique. Les spécialistes utilisés pour expliquer les enjeux du changement climatique doivent être choisis par rapport à la temporalité du média mais également être pertinents. Les médias doivent, en fin de compte, se réinventer.

 

Elodie MARTINEZ (EPJT)