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[Interview] Hervé Brusini, président du prix Albert-Londres : « Nous journalistes, détournons les yeux de notre histoire »

Tours 2025

12 Mar 2025

Hervé Brusini, président du prix Albert-Londres nous parle de sa vision du journalisme et des faits divers, après 40 ans de métier.
Hervé Brusini, président du prix Albert-Londres. Photo : Thomine Dupont/EPJT

Hervé Brusini, président du prix Albert-Londres nous parle de sa vision du journalisme et des faits divers, après 40 ans de métier.

Depuis 2020, vous êtes le Président du Prix Albert-Londres. Qu’est-ce que cela représente pour vous, en tant que journaliste ?

Albert Londres est une forme d’excellence. Lorsque j’ai reçu ce prix en 1991 avec ma consœur Dominique Tierce, nous avons été stupéfaits. J’en suis encore très ému. Je suis redevable des valeurs d’Albert Londres, de ses exigences, son travail, sa liberté, sa force d’enquête, son auto-dérision et du grand reporter qu’il fut. Il a fait de grandes choses sans toutefois se prendre au sérieux. Il est donc primordial pour moi de faire vivre son histoire et sa contribution au journalisme. Mais face à un tel parcours, je ne me sens pas tout à fait digne de présider ce prix. C’est un honneur considérable qui me dépasse largement. 

On constate une forte crise de confiance de l’opinion publique envers les médias.  Selon vous, les journalistes manquent-ils de recul sur leur propre profession ?

Pour se regarder dans la glace, il faut se tourner vers son histoire. On perçoit mieux le journalisme en connaissant son passé. Or, nous, journalistes, détournons un peu les yeux. Mais cette crise de confiance ne date pas d’hier. En 1897 déjà, les journalistes étaient accusés de glorifier et d’encourager les crimes. Elle s’est ensuite accentuée avec les mensonges de la presse pendant la Première Guerre mondiale, qui ont créé une perte de crédibilité totale. Toutefois, ces écarts ont conduit à la création de la première charte éthique du journalisme en 1918 par le SNJ (Syndicat National des Journalistes). L’histoire du journalisme est riche et je suis navré qu’elle soit si méconnue, pourtant mettre en perspective, faire de l’histoire, sont des aspects majeurs de notre métier. Mais lorsqu’il s’agit de se pencher sur la nôtre, c’est un grand silence. C’est une véritable faiblesse. 

Aujourd’hui, comment les journalistes peuvent-ils sensibiliser le public au fonctionnement des médias et à leur propre métier ? 

Je vais vous surprendre : nous faisons un peu comme les influenceurs, qui ont une relation étroite avec leur public. Je pense à Charles Villa ou à Gaspard G. Nous avons le sentiment de les connaître, qu’ils sont à portée de main. Le public suit leur cheminement, la construction de leur récit. Il enquête avec eux. C’est, à mon sens, fondamentalement la bonne conduite à adopter : convier tout le monde à comprendre les tissus du métier. Pourquoi vais-je ici ? Pourquoi dis-je ça ? Comment ai-je eu accès à tel document ? Contrairement à ce que nous pouvons croire, le journalisme à une fonction apaisante dans cette période d’obscurité.

Eraliyah EBONGUE et Thomine DUPONT/EPJT