Les séries télévisées ont popularisé l’image du médecin légiste auprès du grand public. Cette représentation correspond-elle à la réalité de votre métier ?
François Paysant. Contrairement à ce que beaucoup pensent, notre travail ne se limite pas aux autopsies. Il existe deux grands volets en médecine légale : la médecine du vivant et celle du mort. La première concerne les victimes de violences physiques, sexuelles ou psychologiques. C’est la plus grande partie de notre travail. Nous constatons les lésions et fournissons des éléments à la justice pour qualifier les faits de violences. La seconde est plus connue du public, elle inclut les autopsies et les examens complémentaires. Pourtant, 90 % des autopsies que nous réalisons ne sont pas purement criminelles. La justice aime bien savoir les circonstances exactes du décès pour ne pas inhumer quelqu’un sans avoir une certitude absolue. Après chaque analyse, nous faisons un important travail d’écriture pour rédiger nos rapports de façon à ce qu’ils soient les plus complets et clairs possible.
Vous avez travaillé sur des dossiers très médiatisés. Comment se passe votre collaboration avec les journalistes dans ce type d’enquêtes ?
F. P. Nous ne sommes pas souvent en contact avec les journalistes. Ils savent que le médecin légiste ne peut pas tout divulguer, car certaines informations sont couvertes par le secret médical, mais surtout par le secret judiciaire. Lorsque l’enquête est en cours, c’est le procureur qui fait les conférences de presse pour informer sur les avancées. Certains collègues refusent systématiquement de répondre aux journalistes. Je ne pense pas que ce soit une bonne solution. Évidemment, il ne faut pas parler pendant l’enquête initiale mais, par exemple, récemment une journaliste m’a contacté pour revenir sur l’affaire Dickinson [Caroline Dickinson, 13 ans, a été violée et assassinée en 1996 dans une auberge de jeunesse bretonne par Francisco Arce Montes, condamné en 2005, ndlr]. J’ai évidemment accepté de répondre car l’affaire a été jugée et c’est une actualité froide sur laquelle on a du recul. J’estime que c’est à nous, médecins légistes, d’exposer les choses telles qu’on les fait. C’est important de répondre aux journalistes pour expliquer les concepts scientifiques et éviter les approximations et la désinformation. Honnêtement, je préfère avoir un journaliste informé par un médecin légiste qu’un journaliste qui “bricole” avec ce qu’on ne lui donne pas.
Quel regard portez-vous sur la couverture médiatique des faits divers ?
F. P. Personnellement, je lis peu d’articles sur ces sujets. Certains collègues ont activé les notifications du Dauphiné Libéré pour recevoir en temps réel les alertes de faits divers et savoir ce qu’on va faire le lendemain. Quelques fois, nous avons des informations avant les journaux alors nous sommes contents. Ce qui me gêne parfois dans la médiatisation d’affaires criminelles, c’est la façon dont certains médias s’en emparent, avec une mise en scène excessive.
La rubrique « faits divers » est très populaire. Comment percevez-vous cet intérêt pour cette thématique ?
F. P. Les faits divers fascinent, c’est une évidence. Derrière, il y a toujours une réalité humaine. Pour nous, ce n’est pas du sensationnel, ce sont des drames et des victimes. Les médecins légistes doivent rester dans une approche factuelle et scientifique. Je comprends que les gens aient besoin de savoir ce qu’il se passe près de chez eux. Le souci dans les affaires marquantes, c’est qu’elles tournent en boucle dans tous les médias. Mais si la rubrique faits divers permet de faire vendre des journaux qui informent sur des sujets plus importants alors tant mieux.
Recueilli par Carla DELLA VEDOVA et Charlotte DESSOLIN/EPJT