3 minutes de lecture

[Interview] Fabien Redureau, enquêteur : « La presse peut nous être utile »

Tours 2025

11 Mar 2025

L’adjudant-chef Fabien Redureau, enquêteur à la brigade de recherches de la gendarmerie de Tours (Indre-et-Loire), se livre sur sa vision du fait divers.

Comment la médiatisation des faits divers influe-t-elle sur l’avancée d’une enquête ?

Fabien Redureau. Dans une enquête, les premières heures sont les plus importantes. Plus
on perd du temps, plus les pistes se compliquent… Nous devons alors préserver la scène
de crime et surtout éviter de communiquer directement. Il ne faut pas que l'info fuite trop
vite, parce qu'il peut y avoir une personne en cavale. Une fois, notre suspect s'est rendu en
Suisse. Nous avons ensuite découvert sur son téléphone qu'il s'était intéressé à la presse
locale et aux réseaux sociaux. C’est pourquoi les médias peuvent avoir des répercussions
sur nos recherches. De là à court-circuiter l'enquête, c'est rare, mais cela peut arriver.

Pourquoi ces événements fascinent-ils autant le grand public ?

F. R. Les gens s’identifient aux faits divers proches de chez eux. Si un drame a lieu sur leur trajet
pour se rendre au travail, ils vont se dire que cela aurait pu leur arriver. Dans un autre cas,
quand un enfant est concerné, ils pensent instinctivement aux leurs. Nous pouvons aussi
nous dire que c’est lié à une curiosité malsaine, lorsqu’il y a de la violence par exemple. Plus
l’information est croustillante, plus les gens vont vouloir acheter le journal pour avoir des
détails. Cet emballement médiatique ne me gêne pas, tant que l’information ne fuite pas trop
vite.

Quel est l’équilibre à adopter entre le droit à l’information et la préservation de
l’intégrité de l’enquête ?

F. R. Il y a un temps pour tout. D’abord, il faut comprendre ce qu’il se passe. Par moment, la
brigade de recherches peut mettre un jour entier avant d’établir une première hypothèse.
Donc, nous préférons ne pas communiquer pour éviter de dire des bêtises. Plus c’est secret,
mieux c’est. À la brigade, nous essayons d’être discret, c’est pour cela d’ailleurs que l’on
travaille en civil et pas en tenue. Ensuite, vient le temps de l’information. À partir de là, ce
n’est plus de notre ressort. Seule la procureure est autorisée à communiquer lorsque
l’enquête est en cours. Cependant, la presse peut nous être utile. Lorsque nous sommes
vraiment en manque de ressources et que nous ne trouvons rien, les médias vont nous
apporter des témoignages. Mais tout vérifier nous prend du temps.

Recueilli par Antoine Carré et Martin Colas/EPJT