Emmanuelle Dancourt. Il existe une polémique autour de la rubrique dans laquelle caser les articles traitant des VSS. Généralement, ces sujets sont relégués aux faits divers. Pourtant, certains s’interrogent, dont MeTooMedia : pourquoi des crimes tels que le viol sont placés dans une section souvent associée à des événements de gravité variable, voire à des faits anecdotiques ? Cette classification fait que certaines affaires se retrouvent parfois dans des rubriques inappropriées.
Moi-même, j’ai été victime du journaliste Patrick Poivre d’Arvor (PPDA). J’avais accordé un témoignage à un média de Dijon, qui devait lui consacrer une pleine page. Finalement, l’article a été publié dans la rubrique « loisirs »… Aujourd’hui, c’est à la nouvelle génération de journalistes de faire évoluer les pratiques. Les VSS doivent être reconnues comme des faits de société à part entière.
Quels aspects fondamentaux devrait-on inclure dans la formation des journalistes pour améliorer leur traitement des VSS ?
E. D. Une femme sur trois est exposée à ces violences. Ce constat alarmant impose une prise de conscience accrue au sein des rédactions. Cette formation doit concerner toutes les spécialités du journalisme.
Un journaliste n’est pas censé être militant, afin de préserver sa neutralité et sa distance critique vis-à-vis des faits. Cependant, le respect du principe du contradictoire ne doit pas conduire à mettre en doute la parole des victimes. Lors des interviews, il est essentiel d’adopter une présomption de crédibilité envers elles, autrement, elles risquent de ne pas se confier. Il faut leur expliquer qu’elles peuvent à tout moment retirer leur interview ou passer en anonyme.
Les journalistes, épaulés par des avocats, doivent également maîtriser le vocabulaire juridique approprié et éviter toute qualification inexacte des faits. Par exemple, le terme « attouchements » n’a pas d’existence pénale. La collaboration avec les avocats permet de garder en secret certains éléments de l’affaire du regard médiatique, afin d’éviter toute instrumentalisation par la partie adverse.
Qu’en est-il de l’influence des médias sur la perception du public ?
E. D. Notre responsabilité, en tant que journalistes, est immense : vis-à-vis des victimes, des rédactions, mais aussi du public. L’un des principaux biais dans le traitement médiatique des VSS réside dans la représentation de la « victime ». Aux yeux du public, elle doit apparaître brisée et en détresse. Pourtant, une victime a aussi le droit d’être soulagée, de sourire, d’aller bien. Le rôle des médias est de déconstruire ces stéréotypes et de refléter la diversité des réactions face aux violences subies.
Propos recueillis par Angélina Richard et Anaïs Ourlis /EPJT