70%. C’est le taux d’augmentation des recherches Google sur le terme « OQTF », obligation de quitter le territoire français, après le meurtre de Philippine survenu en septembre 2024. L’outil Google Trends permet de remarquer une corrélation positive entre les mentions des faits divers et celles sur l’immigration.
Ces dernières années, l’occurrence « OQTF » est de plus en plus présente dans les articles de presse. Sur le site franceinfo.fr , entre 2022 et 2025, elle est apparue dans près de 41 articles de faits divers. Ce nombre a plus que triplé en comparaison avec la période 2011-2021. « Migrant », « OQTF » ou encore « incivilités » sont désormais fréquemment associés dans des contextes où l’origine du suspect, souvent étrangère, est systématiquement rappelée.
Selon une étude de l’ARCOM, 62 % des Français s’informent via Internet, une majorité d’entre eux étant influencée par les titres accrocheurs et les récits poignants. Dans un contexte de concurrence économique entre les médias, les faits divers captent énormément l’attention du public.
Une focalisation sur l’origine des suspects
D’après Samuel Bouron, sociologue des médias, cette tendance peut s’expliquer par « la saturation de l’agenda médiatique par l’extrême droite » ainsi que sa facilité à « imposer dans le débat public ses arguments sur des sujets comme l’immigration et la sécurité. » Comprenant le pouvoir de la narration autour des faits divers, ils créent une sorte d’obligation du traitement de certaines affaires par la presse, qui renforce ensuite l’idée que les étrangers sont systématiquement responsables.
Cette focalisation sur l’origine des suspects, qu’ils soient immigrés ou non, comme lors de l’affaire Louise (retrouvée morte le 8 février 2025 à Longjumeau), n’est pas sans conséquences sur la perception du public. Celui-ci associe de plus en plus faits divers et problèmes d’immigration. Selon un sondage CSA réalisé en septembre 2024, 78 % des Français sont favorables à l’emprisonnement des individus sous OQTF.
Cependant, Samuel Bouron souligne qu’il n’y a pas encore « de normalisation 100% aboutie ». Selon lui, bien que des médias se rapprochent parfois de la rhétorique d’extrême droite, la totalité du public n’est pas encore acquise à ce discours. Ce qui pourrait même aggraver une certaine défiance envers les médias traditionnels.
Eraliyah EBONGUE/EPJT